Corps noirs
En physique, un corps noir est un objet idéal qui absorbe toute la lumière incidente et n’émet que son propre rayonnement : jamais de reflet, jamais d’image fidèle de ce qui l’éclaire.
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Corps noirs emprunte ce principe pour interroger l’identité à l’ère des images en réseau. Photographiée de nuit en Corée du Sud et au Japon, deux sociétés urbaines fortement connectées, la série observe une ville qui est elle-même une source de lumière : enseignes lumineuses, lanternes, vitrines. Tout ce qu’elle éclaire la réfléchit à sa manière, à l’exception des corps, qui l’absorbent sans jamais la restituer. Aucun visage, aucune identité : seulement un contour, une silhouette, une présence réduite à sa forme.
Cet anonymat contraste avec la manière dont l’identité se construit et circule en ligne, où les visages sont identifiés, les profils façonnés et les images deviennent des outils d’identification. Dans la rue nocturne, c’est l’inverse qui se produit : chacun devient un passant interchangeable. La série interroge ce qu’il reste de l’individu lorsque l’image ne permet plus de l’identifier, et ce que signifie le fait de se soustraire à la lisibilité dans une culture de l’image fondée sur la visibilité.
Réalisées en photographie numérique puis matérialisées sous forme de tirages (tirages Lambda sur papier RC brillant, contrecollés sur Plexiglas et montés sur châssis aluminium), les cinq images interrogent également le passage de l’écran au mur, en ralentissant la perception d’images habituellement consommées dans un flux continu.






